La méthode LEBOSQ

Article mis à jour le 03 août 2026

La méthode LEBOSQ : du problème lié à l’eau à une réponse située, faisable et évaluable

Face à un problème de ruissellement, d’érosion, d’engorgement, de sécheresse des sols ou de qualité de l’eau, la tentation consiste souvent à rechercher immédiatement une solution : planter une haie, restaurer une zone humide, créer une mare, modifier le drainage ou faire évoluer les pratiques agricoles.

Pourtant, un même problème apparent peut avoir plusieurs causes. Une eau qui stagne peut résulter d’un sol compacté, d’une nappe temporaire élevée, d’un exutoire insuffisant ou du fonctionnement normal d’une zone humide. Une haie peut ralentir un écoulement lorsqu’elle est correctement positionnée, tout en ayant peu d’effet si l’eau la contourne ou circule sous la surface.

Les travaux menés depuis plusieurs décennies dans le bassin versant agricole de Kervidy-Naizin montrent que la circulation de l’eau dépend des interactions entre les sols, les pratiques agricoles, la végétation, la topographie et l’organisation du paysage. Ils soulignent également l’importance de raisonner à plusieurs échelles, de la parcelle au bassin versant (Gascuel-Odoux et al., 2018).

La méthode LEBOSQ a été construite pour organiser ce raisonnement.

Qu’est-ce que la méthode LEBOSQ ?

La méthode LEBOSQ est un cadre d’analyse, de décision et d’accompagnement conçu par la Dre Morgane LEBOSQ. Elle organise le passage d’un problème concret lié à l’eau vers une réponse adaptée au territoire, réalisable dans les conditions du site et évaluable après sa mise en œuvre.

Sa ligne directrice est la suivante :

Partir du problème observé, comprendre comment l’eau circule et interagit avec les sols, la végétation, les pratiques agricoles et le paysage, puis intervenir au bon endroit, sur le bon mécanisme, avec une réponse proportionnée et vérifiable.

La méthode vise ainsi à répondre à six questions successives :

Quel problème cherche-t-on précisément à résoudre ?

Quels mécanismes peuvent l’expliquer ?

Quels secteurs contribuent au problème ou le subissent ?

Quelles réponses pourraient agir sur les mécanismes identifiés ?

Ces réponses sont-elles adaptées et faisables sur le site ?

Comment vérifier leurs effets ?

Cette organisation permet de conserver une continuité entre l’analyse scientifique, les décisions du commanditaire, la conception du projet et son évaluation. Les travaux consacrés au passage de la science à l’action insistent notamment sur la nécessité de relier les connaissances produites aux besoins des décideurs et aux conditions réelles de leur utilisation (Cvitanovic et al., 2016).

La première opération consiste à transformer une demande générale en une question précise.

Dire qu’un territoire « rencontre un problème d’eau » ne permet pas encore de déterminer une intervention. Il faut préciser :

  • les événements observés ;
  • leur fréquence et leur saisonnalité ;
  • les dommages ou usages affectés ;
  • les secteurs concernés ;
  • les données disponibles ;
  • les contraintes foncières, techniques ou réglementaires ;
  • le résultat recherché.

Un problème de ruissellement peut, par exemple, concerner l’érosion d’une parcelle, l’inondation d’une habitation, la saturation d’un fossé ou le transfert de sédiments vers un cours d’eau. Ces situations appellent des analyses et des critères de réussite différents.

Le cadrage aboutit à une question d’étude, un périmètre, des échelles d’analyse et des critères permettant d’apprécier la réussite du projet.

2. Lire : comprendre le fonctionnement réel du territoire

La lecture fonctionnelle vise à reconstituer les relations entre :

  • les sources d’eau ;
  • les chemins empruntés ;
  • les secteurs qui ralentissent, stockent ou concentrent les flux ;
  • les milieux ou usages qui reçoivent ces flux ;
  • les périodes pendant lesquelles le problème apparaît.

Elle croise les données disponibles, les observations de terrain et les connaissances des personnes qui utilisent ou gèrent le territoire.

L’analyse porte notamment sur les sols, la couverture végétale, les pratiques agricoles, la topographie, les haies, les talus, les fossés, les drains, les zones humides, les exutoires et les connexions avec le réseau hydrographique.

À cette étape, les informations sont distinguées selon leur niveau de solidité :

  • les faits établis, observés, mesurés ou documentés ;
  • les hypothèses, cohérentes avec les informations disponibles ;
  • les éléments à vérifier, par une visite complémentaire, une mesure ou une expertise spécialisée.

Cette distinction évite de transformer une interprétation plausible en conclusion définitive.

Une grille de lecture fondée sur cinq axes

Tout au long de la méthode, les vulnérabilités sont analysées à travers cinq axes opérationnels :

infiltrer

gérer les excès d’eau

préserver la qualité de l’eau

Ces axes servent à relier le problème observé aux fonctions qu’il faudrait renforcer, restaurer ou réguler. Ils ne constituent ni une succession obligatoire ni une liste de solutions prêtes à appliquer.

Un même projet peut mobiliser plusieurs axes. Une haie correctement implantée peut ralentir un écoulement, favoriser localement l’infiltration et limiter certains transferts. Elle peut également modifier les usages, demander un entretien durable et produire des effets variables selon sa position dans le paysage.

3. Prioriser : localiser les secteurs déterminants

Une action efficace doit être positionnée en fonction des mécanismes identifiés.

La méthode distingue notamment :

  • les secteurs contributeurs, qui produisent ou concentrent les flux ;
  • les secteurs récepteurs, qui reçoivent ces flux ;
  • les secteurs vulnérables, dans lesquels les conséquences sont particulièrement importantes.

La priorité ne correspond donc pas nécessairement à l’endroit où le dommage est visible. Une coulée de boue observée en aval peut provenir de plusieurs parcelles ou connexions situées plus haut dans le bassin versant.

La priorisation met en relation les événements observés, les connexions supposées, les enjeux, les usages et les possibilités d’intervention. Elle peut aboutir à une cartographie des secteurs, une matrice de priorisation et une liste de questions à approfondir sur le terrain.

4. Comparer : examiner plusieurs réponses possibles

Une fois les secteurs et les mécanismes identifiés, plusieurs scénarios sont construits et comparés.

Ils peuvent associer :

  • une évolution des pratiques agricoles ;
  • une adaptation de l’usage du sol ;
  • la restauration d’une haie, d’un talus ou d’une prairie ;
  • la création d’une zone tampon ;
  • la préservation ou la restauration d’une zone humide ;
  • une modification de la gestion des fossés ou du drainage ;
  • plusieurs interventions complémentaires réparties dans le paysage.
Critère
Question
Pertinence
Le levier agit-il sur le mécanisme ciblé et au bon endroit ?
Faisabilité
Le foncier, les usages, l’entretien et les contraintes permettent-ils sa réalisation ?
Cohérence
L’action risque-t-elle de déplacer le problème ou de provoquer un effet indésirable ?
Évaluation
Quels changements pourront être observés et comparés ?

Les solutions fondées sur la nature doivent être conçues à l’échelle pertinente, articulées avec d’autres réponses et intégrées aux politiques et aux usages locaux (Cohen-Shacham et al., 2019). Leur analyse doit également prendre en compte les synergies, les compromis et les effets sur la biodiversité (Seddon et al., 2021).

La participation des acteurs apporte une connaissance indispensable des événements, de l’histoire des sites, des usages et des contraintes de gestion. Elle contribue également à expliciter les priorités et les arbitrages. Les recherches sur la coproduction des connaissances montrent l’intérêt d’une démarche contextualisée, pluraliste, orientée vers un objectif défini et fondée sur des interactions régulières (Norström et al., 2020).

Les hypothèses de fonctionnement et la faisabilité technique restent à vérifier sur le terrain.

5. Vérifier : traduire le scénario en projet fonctionnel

La phase « Agir » commence par une lecture détaillée du site retenu.

Elle permet de vérifier :

  • les mécanismes supposés ;
  • les caractéristiques des sols et de la végétation ;
  • les connexions hydrologiques visibles ;
  • la compatibilité avec les usages ;
  • les contraintes foncières ;
  • les besoins d’entretien ;
  • les risques et effets indésirables ;
  • les compétences complémentaires nécessaires.

Cette étape peut conduire à modifier, préciser ou écarter le scénario initial.

Lorsque sa faisabilité agroécologique et fonctionnelle est confirmée, le projet peut être traduit en :

  • schéma d’implantation ;
  • principes de fonctionnement ;
  • plan d’action ;
  • phasage ;
  • modalités de gestion ;
  • cahier des charges fonctionnel ;
  • besoins d’études spécialisées.

La méthode LEBOSQ ne couvre pas directement la modélisation hydrologique ou hydraulique, le calcul des débits et des volumes, le dimensionnement des ouvrages, les études topographiques ou géotechniques, les procédures réglementaires, les plans d’exécution et la maîtrise d’œuvre. Ces missions sont confiées aux spécialistes compétents lorsque le projet les nécessite.

6. Évaluer : mesurer les effets et ajuster la gestion

L’évaluation doit être préparée avant la réalisation du projet.

Elle repose sur :

  • un objectif explicite ;
  • un état initial documenté ;
  • des indicateurs directement reliés au problème ;
  • un calendrier de suivi ;
  • une répartition des responsabilités ;
  • des conditions d’interprétation définies.

Les indicateurs dépendent du projet. Ils peuvent concerner l’apparition de traces d’érosion, la durée d’un engorgement, la couverture du sol, l’évolution de la végétation, la qualité de l’eau ou la fréquence de certains événements.

Le suivi permet de comparer les effets observés aux résultats attendus, d’analyser les écarts et d’adapter la gestion. Il peut également montrer qu’une action produit peu d’effets dans les conditions du site ou qu’elle doit être complétée par d’autres interventions.

Sept règles constantes

Toutes les missions conduites selon la méthode LEBOSQ respectent sept principes :

  1. partir du problème et des usages avant de parler de solution ;
  2. raisonner de la parcelle au bassin versant selon les connexions ;
  3. relier chaque levier à un mécanisme et à un emplacement ;
  4. séparer les faits observés, les hypothèses et les éléments à vérifier ;
  5. comparer plusieurs réponses et expliciter les arbitrages ;
  6. associer les compétences spécialisées dès que la mission dépasse le périmètre de Breizh Oasis ;
  7. prévoir l’évaluation dès la définition du projet.

Un commanditaire dont le projet est déjà avancé peut entrer directement dans « Décider » ou « Agir », à condition que le cadrage initial vérifie les acquis et les prérequis des opérations précédentes.

Quel est le statut scientifique de la méthode LEBOSQ ?

L’appellation « méthode LEBOSQ » désigne un cadre professionnel reproductible, formalisé pour assurer la cohérence des analyses et des décisions.

À ce jour, elle n’a pas fait l’objet d’une publication ou d’une validation scientifique en tant que méthode autonome. Ses principes s’appuient sur des publications scientifiques évaluées par les pairs concernant :

  • l’analyse multiscalaire des agrohydrosystèmes ;
  • le passage des connaissances scientifiques à l’action ;
  • la coproduction des connaissances ;
  • la prise en compte du contexte et des arbitrages ;
  • la conception et l’évaluation des solutions fondées sur la nature.

Du problème observé à la réponse vérifiée

La méthode LEBOSQ peut être résumée en une phrase :

Transformer un problème lié à l’eau en une réponse située, faisable et évaluable.

Elle permet aux collectivités, aux syndicats d’eau, aux structures agricoles et aux gestionnaires de foncier de déterminer où intervenir, sur quel mécanisme et avec quelles réponses, tout en conservant une trace explicite des hypothèses, des décisions et des résultats attendus.

Votre territoire rencontre des problèmes de ruissellement, d’érosion, d’engorgement, de sécheresse des sols ou de qualité de l’eau ?

Breizh Oasis vous accompagne pour comprendre les mécanismes, localiser les priorités et construire des réponses agroécologiques adaptées au terrain.

Dre Morgane LEBOSQ

Agronome et Écologue

J’interviens sur les liens entre agriculture, eau, sols, biodiversité et adaptation climatique en Bretagne, pour aider les territoires à choisir des leviers d’action crédibles et adaptés au terrain.

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