Article mis à jour le 28 septembre 2026
Pourquoi un territoire agricole peut-il souffrir à la fois de sécheresse et d’inondations ?
Un territoire peut manquer d’eau en été et subir quelques mois plus tard des ruissellements importants, des cours d’eau en crue ou des parcelles saturées.
Ces phénomènes peuvent sembler contradictoires. Ils ne dépendent pourtant pas uniquement de la quantité totale de pluie reçue sur une année.
L’enjeu est aussi de savoir quand l’eau arrive, avec quelle intensité, où elle circule et quelle quantité le territoire parvient à infiltrer, ralentir, stocker ou évacuer.
C’est précisément pour cette raison que les problématiques liées à l’eau doivent être abordées à l’échelle du territoire et du bassin versant.
Recevoir de l’eau ne signifie pas disposer de cette eau lorsqu’elle sera nécessaire
Prenons un territoire recevant une quantité importante de pluie pendant l’automne et l’hiver.
Une partie de cette eau peut :
s’infiltrer dans les sols ;
être stockée temporairement dans les sols, les zones humides ou certains compartiments souterrains ;
alimenter les nappes et les cours d’eau ;
être utilisée par la végétation ;
circuler rapidement en surface ou dans les réseaux hydrographiques et quitter le territoire.
Quelques mois plus tard, la situation peut être totalement différente.
L’évaporation et la transpiration des végétaux augmentent pendant la période de croissance et avec les températures élevées. Si les précipitations deviennent insuffisantes pour compenser ces pertes, l’humidité des sols diminue progressivement.
On peut donc avoir eu beaucoup d’eau en hiver et manquer d’eau disponible pour les sols et la végétation en été.
Les sécheresses agricoles dépendent ainsi du bilan entre les apports d’eau et les pertes, notamment par évapotranspiration, et pas uniquement du cumul annuel de précipitations.
Lorsqu’une pluie tombe, toute l’eau ne s’infiltre pas
L’autre élément essentiel concerne la manière dont le territoire réagit à une pluie.
Lorsque l’intensité des précipitations dépasse la capacité d’infiltration du sol, une partie de l’eau peut ruisseler en surface.
Le ruissellement peut également apparaître lorsque le sol est déjà saturé.
La réaction dépend donc notamment :
du type de sol ;
de sa structure et de sa porosité ; de son humidité avant l’événement pluvieux ; de compaction
de l’organisation du parcellaire ;
des pratiques agricoles ;
des haies, talus, fossés, zones humides et autres éléments du paysage.
La compaction des sols agricoles, par exemple, modifie leur structure et leur porosité. Une méta-analyse publiée dans Soil & Tillage Research montre que le trafic des engins agricoles peut dégrader plusieurs propriétés physiques déterminant la circulation de l’eau dans les sols.
À une autre échelle, les modifications de l’occupation des sols influencent également le cycle terrestre de l’eau. Une étude publiée dans Nature Climate Change a montré que les changements d’occupation des terres pouvaient modifier significativement l’évapotranspiration et les volumes de ruissellement.
Une pluie abondante peut donc quitter rapidement le territoire
Imaginons maintenant une pluie intense sur un bassin versant.
Sur certaines parcelles, l’eau s’infiltre.
Sur d’autres, elle commence à ruisseler.
Ces écoulements peuvent ensuite rejoindre un fossé, une route, un talweg ou un cours d’eau. À mesure que les flux provenant de différentes parcelles se rejoignent, les volumes augmentent.
On passe alors progressivement d’un phénomène à l’échelle de quelques mètres carrés à un problème qui peut concerner plusieurs communes.
C’est l’une des raisons pour lesquelles une intervention localisée doit toujours être replacée dans le fonctionnement général du bassin versant.
Une haie, une prairie permanente, une zone humide ou une modification de pratique agricole peut avoir un intérêt hydrologique. Son efficacité dépend toutefois fortement de son emplacement, du sol, de la pente, des écoulements et du type d’événement considéré.
Installer partout les mêmes aménagements n’aurait donc pas de sens.
Le territoire doit gérer deux situations opposées
des périodes pendant lesquelles
l’eau arrive rapidement et parfois en excès, avec des risques de ruissellement, d’érosion, de saturation ou d’inondation ;
des périodes pendant lesquelles
l’eau disponible devient insuffisante, avec des conséquences sur les sols, les cultures, les milieux aquatiques et les usages de l’eau.
Ces deux enjeux peuvent se succéder sur le même territoire au cours d’une seule année.
Les projections climatiques renforcent l’intérêt d’une approche conjointe. Une étude européenne publiée dans Climatic Change, utilisant plusieurs modèles climatiques et hydrologiques pour un monde à +2 °C, projette pour la France une augmentation possible de l’intensité des crues ainsi qu’une augmentation de la magnitude et de la durée des sécheresses hydrologiques. Les auteurs soulignent toutefois des incertitudes importantes, notamment concernant les projections de sécheresse.
Parler uniquement de lutte contre la sécheresse ou uniquement de lutte contre les inondations risque donc de conduire à une lecture incomplète du fonctionnement du territoire.
La question centrale : que devient l’eau lorsqu’elle arrive sur le territoire ?
Pour construire une stratégie territoriale cohérente, Breizh Oasis propose de raisonner autour de plusieurs fonctions complémentaires :
- Infiltrer, lorsque les caractéristiques du sol et du contexte le permettent.
- Ralentir et répartir, afin de limiter la concentration rapide des écoulements.
- Stocker et restituer, dans les sols, les paysages et les milieux capables de conserver temporairement une partie de l’eau.
- Gérer les excès, car aucune stratégie d’infiltration ou de stockage ne permet de supprimer les conséquences de tous les événements extrêmes.
- Préserver la qualité de l’eau, puisque les transferts d’eau sont également susceptibles d’entraîner des sédiments, des nutriments et certains contaminants.
Ces fonctions doivent être étudiées ensemble.
Agroécologie et solutions fondées sur la nature : des leviers à positionner au bon endroit
Haies, talus, prairies, zones humides, bandes végétalisées, agroforesterie, couverture des sols ou évolution de certaines pratiques peuvent participer à la gestion de l’eau.
Leur intérêt dépend du contexte.
L’objectif d’une stratégie territoriale consiste donc d’abord à comprendre où l’eau est produite, où elle circule, où elle se concentre, où elle peut être ralentie et quels espaces sont vulnérables.
Cette analyse permet ensuite d’identifier des leviers agroécologiques et des solutions fondées sur la nature adaptés aux différentes parties du territoire.
Agir à l’échelle du bassin versant
Une parcelle située en amont peut influencer des enjeux situés plusieurs kilomètres plus loin.
Une zone d’infiltration, un axe de ruissellement, une zone humide, un réseau de haies ou une parcelle sensible à l’érosion font partie d’un même système hydrologique.
L’adaptation des territoires agricoles au changement climatique demande donc de dépasser la succession d’actions isolées pour construire une stratégie fonctionnelle à l’échelle du territoire.
C’est cette approche que développe Breizh Oasis auprès des collectivités, EPCI et acteurs territoriaux : comprendre les mécanismes liés à l’eau, partager un diagnostic avec les acteurs locaux, identifier les enjeux prioritaires puis construire des solutions adaptées au fonctionnement du territoire.
Conférences, formations et ateliers permettent une première étape de compréhension collective. Ce travail peut ensuite être prolongé par l’analyse du territoire, la priorisation des enjeux et l’étude des leviers mobilisables.
Votre territoire rencontre des problèmes de ruissellement, d’érosion, d’engorgement, de sécheresse des sols ou de qualité de l’eau ?
Je vous accompagne pour transformer les données disponibles en priorités d’action adaptées au terrain.
Agronome et Écologue
J’interviens sur les liens entre agriculture, eau, sols, biodiversité et adaptation climatique en Bretagne, pour aider les territoires à choisir des leviers d’action crédibles et adaptés au terrain.
Principales références scientifiques
- Roudier, P., Andersson, J. C. M., Donnelly, C., Feyen, L., Greuell, W. & Ludwig, F. (2016). Projections of future floods and hydrological droughts in Europe under a +2°C global warming. Climatic Change, 135, 341-355. DOI : 10.1007/s10584-015-1570-4.
- Sterling, S. M., Ducharne, A. & Polcher, J. (2013). The impact of global land-cover change on the terrestrial water cycle. Nature Climate Change, 3, 385-390. DOI : 10.1038/nclimate1690.
- Obour, P. B. & Ugarte, C. M. (2021). A meta-analysis of the impact of traffic-induced compaction on soil physical properties and grain yield. Soil & Tillage Research, 211, 105019. DOI : 10.1016/j.still.2021.105019.