Article mis à jour le 28 septembre 2026
Pourquoi l’adaptation agricole au changement climatique doit-elle se penser à l’échelle du territoire ?
Sécheresses, ruissellement, érosion, dégradation de la qualité de l’eau, perte de biodiversité ou augmentation des températures concernent directement les exploitations agricoles.
Chaque agriculteur.trice dispose de leviers à l’échelle de sa ferme : évolution des rotations, couverture des sols, implantation de haies, agroforesterie, maintien de prairies, adaptation des pratiques culturales ou encore diversification des productions.
Pourtant, une partie des processus auxquels l’agriculture doit s’adapter dépasse largement les limites d’une exploitation.
L’eau circule d’une parcelle à l’autre. Les continuités écologiques traversent plusieurs propriétés. Un ruissellement généré en amont peut provoquer des dommages plusieurs kilomètres plus loin. Les infrastructures paysagères forment des réseaux dont le fonctionnement dépend de leur organisation spatiale.
L’adaptation agricole repose donc à la fois sur les décisions prises dans les exploitations et sur la manière dont ces décisions s’articulent à l’échelle du territoire.
Une exploitation agricole n’est pas isolée du paysage qui l’entoure
Une parcelle appartient à un ensemble plus vaste.
Elle est connectée à d’autres parcelles par la topographie, les écoulements de surface et souterrains, les fossés, les cours d’eau, les haies ou encore les déplacements des organismes vivants.
Cette organisation spatiale influence directement certains processus environnementaux.
Dans les bassins versants agricoles, par exemple, les caractéristiques de chaque parcelle contribuent à déterminer la réponse globale du bassin aux précipitations. La localisation des cultures, la couverture des sols, les structures linéaires et leur connexion peuvent modifier la circulation de l’eau. Une revue publiée dans Earth-Science Reviews souligne justement l’importance de l’organisation spatiale des parcelles et de leur connectivité pour comprendre le ruissellement à l’échelle d’un bassin versant agricole (Guse et al., 2011).
Une action réalisée sur une exploitation peut ainsi produire des effets au-delà de ses limites.
L’eau illustre particulièrement cette interdépendance
Prenons un bassin versant composé de plusieurs dizaines ou centaines d’exploitations.
Lors d’un épisode pluvieux, certaines parcelles peuvent favoriser l’infiltration. D’autres peuvent générer davantage de ruissellement. Les écoulements peuvent ensuite se rejoindre, se concentrer dans un talweg, traverser une route puis atteindre un cours d’eau.
La réponse finale du bassin versant résulte donc de l’interaction entre de nombreux éléments.
Les recherches consacrées aux relations entre paysages et hydrologie montrent que les changements de végétation, de sols, d’usage des terres ou de gestion de l’eau peuvent interagir à différentes échelles. La connectivité hydrologique constitue l’un des éléments déterminants pour comprendre ces interactions (Stephens et al., 2021).
Cela a une conséquence opérationnelle importante.
Pour traiter un problème de ruissellement, il ne suffit pas d’identifier les parcelles où les dégâts sont visibles.
Il faut également comprendre :
quels obstacles ou corridors influencent leur circulation ;
quelles zones présentent une capacité d’infiltration ou de stockage intéressante ;
quels secteurs et quels usages sont exposés en aval.
Le lieu où le problème devient visible n’est pas nécessairement le lieu où l’action doit être prioritaire.
Les solutions doivent également être pensées dans l’espace
Prenons l’exemple des haies.
Deux haies de même longueur peuvent avoir des fonctions très différentes selon leur position dans le paysage.
Une haie implantée perpendiculairement à une pente, une haie située en bordure d’un cours d’eau et une haie située sur un plateau ne remplissent pas exactement les mêmes fonctions.
La même logique s’applique aux zones humides, bandes végétalisées, prairies, talus, systèmes agroforestiers ou autres infrastructures agroécologiques.
Le choix d’une solution doit donc intégrer sa nature, son emplacement et sa relation avec les autres éléments du territoire.
Une revue internationale publiée en 2026 sur les interventions visant à améliorer la rétention de l’eau dans les paysages agricoles arrive à une conclusion importante : de nombreuses études évaluent encore les interventions individuellement, alors que leur pertinence dépend fortement du contexte environnemental, technique, économique et social. Les auteurs proposent précisément une approche multicritère pour sélectionner les interventions adaptées à chaque territoire (Piyathilake et al., 2026).
Il n’existe donc pas de catalogue universel dans lequel il suffirait de choisir « la meilleure solution ».
Certains bénéfices dépendent d’une action collective
Cette logique dépasse la question de l’eau.
Plusieurs services écosystémiques dépendent de processus opérant à une échelle supérieure à celle de la parcelle ou de l’exploitation.
Les insectes pollinisateurs, les auxiliaires de cultures et de nombreuses espèces utilisent par exemple différents habitats au cours de leur cycle de vie. Leur présence dépend donc en partie de la composition et de l’organisation du paysage agricole.
Cela crée une difficulté particulière : un agriculteur.trice peut supporter le coût d’un aménagement dont une partie des bénéfices profite également aux exploitations voisines ou au territoire.
Une étude de modélisation publiée dans Ecological Economics a ainsi montré que la gestion coordonnée de certains services écosystémiques à l’échelle du paysage pouvait être plus efficace qu’une succession de décisions prises indépendamment par chaque exploitation, tout en mettant en évidence les problèmes d’incitation économique que cette coordination peut créer (Cong et al., 2014).
Cette dimension justifie précisément l’intervention d’acteurs capables de travailler au-delà des frontières individuelles.
C’est là que la collectivité possède un rôle spécifique
La collectivité n’a pas vocation à décider du fonctionnement technique de chaque exploitation.
Elle dispose en revanche d’une capacité essentielle : faire travailler ensemble des acteurs qui partagent un même territoire et des enjeux communs.
Elle peut notamment :
- produire et partager une compréhension commune des enjeux ;
- mettre en relation agriculture, eau, biodiversité, climat et aménagement ;
- identifier les zones prioritaires ;
- coordonner des actions dépassant les limites des exploitations ;
- mobiliser différents dispositifs techniques et financiers ;
- faciliter le dialogue entre agriculteurs, élus, techniciens et autres acteurs ;
- accompagner l’émergence de projets collectifs ;
- suivre les effets des actions engagées dans le temps.
Cette approche rejoint les travaux scientifiques sur les approches paysagères intégrées, développées pour traiter simultanément des enjeux d’agriculture, de gestion des ressources naturelles, de biodiversité et d’aménagement.
La littérature souligne notamment leur intérêt pour créer un cadre de collaboration entre disciplines, secteurs et acteurs différents (Arts et al., 2017).
Penser à l’échelle territoriale ne signifie pas appliquer les mêmes solutions partout
Un territoire agricole est hétérogène.
Les sols, les pentes, les productions, les pratiques, les infrastructures paysagères, les ressources en eau et les vulnérabilités varient parfois fortement sur quelques kilomètres.
Une stratégie territoriale cohérente doit donc commencer par comprendre cette hétérogénéité.
Il peut être pertinent de favoriser l’infiltration dans un secteur, de restaurer une zone humide dans un autre, de ralentir certains écoulements ailleurs ou encore d’accompagner l’évolution des pratiques agricoles sur des zones particulièrement sensibles.
L’objectif consiste à placer les bonnes actions aux bons endroits, pour répondre aux bonnes fonctions.
Cette approche permet également d’éviter une erreur fréquente : transformer une solution intéressante dans certains contextes en prescription générale pour l’ensemble du territoire.
L’approche territoriale possède aussi ses limites
Travailler à l’échelle du territoire n’est pas une garantie de réussite.
Les recherches consacrées aux approches paysagères montrent également leurs difficultés : multiplicité des acteurs, intérêts parfois divergents, gouvernance complexe, temporalités longues ou difficulté à mesurer les résultats.
La littérature scientifique reste d’ailleurs prudente concernant l’efficacité réelle de certaines démarches intégrées. Une revue publiée dans Land Use Policy souligne que leur diffusion a été rapide alors que les preuves permettant d’évaluer précisément leurs performances restent encore limitées dans plusieurs contextes (Reed et al., 2020).
Cela renforce l’importance d’une démarche structurée.
Il faut définir les objectifs, établir un diagnostic, identifier les acteurs concernés, hiérarchiser les enjeux, sélectionner les actions puis définir des indicateurs permettant d’évaluer leurs effets.
La concertation seule ne constitue donc pas une stratégie d’adaptation.
Du diagnostic territorial aux actions sur les exploitations
L’adaptation des territoires agricoles peut être représentée comme une succession d’échelles complémentaires.
À l’échelle du territoire, il faut comprendre les grands mécanismes, identifier les vulnérabilités, spatialiser les enjeux et déterminer les secteurs prioritaires.
À l’échelle locale, il faut concevoir les infrastructures, organisations et actions collectives pertinentes.
À l’échelle de l’exploitation, les agriculteur.trices doivent ensuite pouvoir déterminer quelles évolutions sont techniquement et économiquement compatibles avec leur système.
Ces différentes échelles doivent communiquer entre elles.
C’est particulièrement important pour les collectivités : financer une série d’actions individuelles sans vision territoriale peut conduire à disperser les moyens disponibles. À l’inverse, une stratégie territoriale qui ne parvient pas à se traduire dans les exploitations restera théorique.
Comprendre avant de choisir les solutions
Pour Breizh Oasis, l’adaptation d’un territoire agricole doit donc commencer par une question simple :
Comment fonctionne ce territoire face à l’eau et au changement climatique ?
Avant de parler de haies, d’agroforesterie, de zones humides ou de changement de pratiques agricoles, il faut comprendre les vulnérabilités auxquelles le territoire est confronté et les processus qui les expliquent.
Cette première étape permet ensuite de construire collectivement une stratégie :
Comprendre les enjeux → identifier les vulnérabilités → spatialiser les priorités → choisir les fonctions recherchées → sélectionner les solutions → accompagner leur mise en œuvre → évaluer leurs effets.
C’est dans cette articulation entre compréhension scientifique, acteurs locaux et passage à l’action que se situe l’intervention de Breizh Oasis auprès des collectivités, EPCI et structures territoriales.
Les ateliers permettent d’abord de construire une compréhension commune des enjeux liés à l’eau et à l’adaptation agricole au changement climatique.
Cette base peut ensuite permettre d’aller plus loin : analyser les vulnérabilités du territoire, identifier les secteurs prioritaires et construire des projets mobilisant l’agroécologie et les solutions fondées sur la nature adaptées au contexte local.
des périodes pendant lesquelles
l’eau arrive rapidement et parfois en excès, avec des risques de ruissellement, d’érosion, de saturation ou d’inondation ;
des périodes pendant lesquelles
l’eau disponible devient insuffisante, avec des conséquences sur les sols, les cultures, les milieux aquatiques et les usages de l’eau.
Agir à l’échelle du bassin versant
Une parcelle située en amont peut influencer des enjeux situés plusieurs kilomètres plus loin.
Une zone d’infiltration, un axe de ruissellement, une zone humide, un réseau de haies ou une parcelle sensible à l’érosion font partie d’un même système hydrologique.
L’adaptation des territoires agricoles au changement climatique demande donc de dépasser la succession d’actions isolées pour construire une stratégie fonctionnelle à l’échelle du territoire.
C’est cette approche que développe Breizh Oasis auprès des collectivités, EPCI et acteurs territoriaux : comprendre les mécanismes liés à l’eau, partager un diagnostic avec les acteurs locaux, identifier les enjeux prioritaires puis construire des solutions adaptées au fonctionnement du territoire.
Conférences, formations et ateliers permettent une première étape de compréhension collective. Ce travail peut ensuite être prolongé par l’analyse du territoire, la priorisation des enjeux et l’étude des leviers mobilisables.
Votre territoire rencontre des problèmes de ruissellement, d’érosion, d’engorgement, de sécheresse des sols ou de qualité de l’eau ?
Je vous accompagne pour transformer les données disponibles en priorités d’action adaptées au terrain.
Agronome et Écologue
J’interviens sur les liens entre agriculture, eau, sols, biodiversité et adaptation climatique en Bretagne, pour aider les territoires à choisir des leviers d’action crédibles et adaptés au terrain.
Principales références scientifiques
- Roudier, P., Andersson, J. C. M., Donnelly, C., Feyen, L., Greuell, W. & Ludwig, F. (2016). Projections of future floods and hydrological droughts in Europe under a +2°C global warming. Climatic Change, 135, 341-355. DOI : 10.1007/s10584-015-1570-4.
- Sterling, S. M., Ducharne, A. & Polcher, J. (2013). The impact of global land-cover change on the terrestrial water cycle. Nature Climate Change, 3, 385-390. DOI : 10.1038/nclimate1690.
- Obour, P. B. & Ugarte, C. M. (2021). A meta-analysis of the impact of traffic-induced compaction on soil physical properties and grain yield. Soil & Tillage Research, 211, 105019. DOI : 10.1016/j.still.2021.105019.